Histoire de la ville de Tizi Ouzou

La capitale de la Kabylie est de fondation récente. En fait son existence ne remonte guère au-delà de trois siècles !

 

 Si Tizi Ouzou est souvent donnée comme la capitale de la Kabylie, c’est qu’elle l’est vraiment : c’est une grande ville, et elle est de plus, depuis près de trois décennies, la capitale de la culture berbère. Son université où a été créé le premier département de langue berbère en Algérie, rayonne sur tout le centre et, depuis quelques années, elle connaît un grand développement.

 

 Le nom de Tizi Ouzou signifie en kabyle ‘’ le col des genêts ’’. Uzzu ou azezu est, en effet, le genêt épineux, autrefois très abondant dans la région mais dans le champ ne cesse de se réduire au point de disparaître. La première partie du nom, Tizi, ‘’ le col ’’ provient de l’existence d’un passage de près de 3 km de large par lequel on peut contourner les gorges du Sébaou.

 

 Ce passage était-il connu des Romains ? On l’ignore, mais il faut supposer que les armées de Rome, dans leur traversée de la Kabylie, devaient l’emprunter pour se rendre de Rusuccuru ( Dellys ) à Saldae ( Béjaïa ) , en passant par Bida Municipum (Djammaa Saharidj) et Tubusuptus (Tiklat),

 

 Des auteurs français, tel que Carette, dans son livre Etudes sur la Kabylie proprement dite ont signalé, au 19ième siècle, des traces de voie romaine au lieu dit Ihesnaouan ( Hasnaoua ), à Tighecht, lieu dit Tamda et à Aïn Meziab, près de Mekla. On aurait également retrouvé d’autres traces de voies entre Tizi Ouzou et le confluent de l’oued Aïssi et du Sébaou. Mais tous ces vestiges ont disparu, depuis, ce qui a fait douter de leur existence.

 

 Allant plus loin sur les traces de la présence romaine à Tizi Ouzou, l’historien J. Mesnage, soutient qu’il y avait au nord du Sébaou quatre cités romaines : Taouarga, Tikobaïne, Agouni Tamdint et Agouni Thabet, qui se trouve au nord de la localité de Fréha. Mais on ne dispose d’aucune information certaine sur ces cités, jusqu’aux noms qu’elles portaient. En fait, la seule cité connue , parce que citée par les auteurs anciens, et parce que disposant encore de vestiges est Bida Municipum, Djamaa Saharidj. Il n’y a aucune trace d’établissement antique sur le site de Tizi Ouzou.

 

 Une ville ne semble pas, non plus, avoir existé à l’époque médiévale. En effet, les géographes musulmans du Moyen âge qui s’étendent sur des villes kabyles, comme Dellys ( Tadllest ), Souk Hamza (Bouira), Al Naçiria (Béjaia) ou Timzizekt ( Tiklat ), ne disent rien de Tizi Ouzou.

 

 C’est que la capitale de la Kabylie est de fondation récente. En fait son existence ne remonte guère au-delà de trois siècles !

 

 On sait que les Turcs, dans leur progression en Kabylie, cherchant à soumettre les populations à l’impôt, ont pénétré dans la vallée de la Sébaou au début du 18ième siècle.

 

 Vers 1715, ils ont construit, sur la rive droite du fleuve, au lieu dit Tazaghart, un bordj ou fort, chargé d’abriter leurs troupes. Mais ils se sont vite rendu compte que le bordj, situé dans une zone découverte, au pied de la montagne et non en hauteur, était très exposé. Les Kabyles, hostiles à la présence turque, ne manquent pas, en effet, de l’attaquer et de le détruire, chassant les Turcs de la région.

 

 Au 19ième siècle, à l’arrivée des Français, on pouvait encore voir des vestiges du fort de Tazaghart. Louis Robin qui, en 1870 a visité les vestiges, écrit à propos de ce bordj : " Les ruines qui restent encore du bordj de Tazaghart font voir que ce fort n’avait pas plus de 30 m de long sur 15 m de large. Il était d’une construction solide. On y distingue encore parfaitement les créneaux et les embrasures des canons."

 

 La destruction du fort de Tazaghart ne décourage pas les Turcs qui veulent, plus que jamais s’implanter en Kabylie. C’est alors qu’ils décident de la construction d’une place forte, un nouveau bordj, cette fois-ci sur l’emplacement de la ville de Tizi Ouzou.

 

 Le bordj de Tizi Ouzou est, au départ, assez modeste et ne devait pas être plus grand que son prédécesseur de Tazaghart. C’était un poste d’observation, chargé de surveiller les mouvements des montagnards, avec quelques bâtiments pour abriter les soldats, les chevaux et les collecteurs d’impôts.

 

 Ali Khodja renforcera le bordj, puis créera celui de Boghni et surtout celui de Tadmaït, le plus solide et le plus grand de toute la Kabylie.

 

 Le bey Mohammed Ben Ali, dit Al Debbah, l’égorgeur, agrandit le fort de Tizi Ouzou, augmentant ainsi le nombre de soldats, donc renforçant la présence turque. Le fort est attaqué à plusieurs reprises par les montagnards mais ceux-ci ne parviennent pas à le prendre.

 

 Voici la description que E. Carette en fait en 1840 :

 

‘’ Les Turcs avaient construit, jadis, à Tizi Ouzou, une forteresse entourée de murs de cinq à six mètres d’élévation, dans laquelle ils entretenaient cinquante hommes ; elle était, en outre, munie de plusieurs bouches à feu, pourvue d’embrasures aux angles et sur les faces. Elle pouvait contenir seize pièces, mais n’en conserve que dix. Ces pièces avaient été amenées de Dellys sur des traîneaux à roulettes. Le Bordj, qui était solidement construit, refermait un four, un puits et un moulin. Il y avait, près de la porte, une source ombragée de trois trembles. ’'

 

 Le bordj s’agrandissant, une sorte d’agglomération civile se crée autour de lui : des familles turques mais aussi des familles algériennes, berbérophones, descendues des montagnes, ou arabophones, venues de Dellys ou des Issers, des Kouloughlis, métis de femmes algériennes et de soldats Turcs, dont les descendants habitent encore à Tizi Ouzou.

 

Les Français, comme les turcs, chercheront à pénétrer dans le massif kabyle pour le dominer, mais la résistance sera telle qu’ils mettront longtemps avant de parvenir à leurs fins. Ce n’est qu’en 1844, soit quatorze ans après la prise d’Alger, que Bugeaud s’emparera de Bordj Menaëil, puis de Dellys. Baghlia est prise, puis Tadmaït.

Le bordj de Tizi Ouzou est convoité mais il ne sera pris qu’en 1851, au cours de l’expédition du général Cuny qui s’est soldée par le massacre de centaines de personnes.

 

 Le bordj de Tizi Ouzou, devenu la place forte de l’armée coloniale, est utilisé, en 1854 pour investir le Djurdjura. Mais l’armée du général Randon se heurtera à la résistance de Lalla Fadhma N’ Soumeur, et il faudra encore plusieurs années avant que l’ennemi ne s’empare de la Kabylie.

 

 Après la conquête du bordj de Tizi Ouzou, les Français réaménagent le fort. Ils l’agrandissent, en construisant des casernes et des entrepôts, pour loger les soldats. Par la suite, des baraques sont érigées par des civils européens, des commerçants, qui travaillent avec l’armée. C’est le noyau primitif de la ville, qui ne va cesser de s’agrandir.

 

 L’administration ayant décidé de l’installation de colons dans la région, les propriétaires des terres sont expropriés. En bordure de la route traversant le col, des maisons sont édifiées : elles vont former la grande rue du village colonial qui se crée.

 La ville de Tizi Ouzou naît officiellement le 27 octobre 1858, par décret impérial. Cette ville était à l’origine distincte du village ‘’ musulman ’’, appelé également ‘’ village indigène ’’, la séparation étant effective entre les Européens et les Algériens, puis les deux villages finissent par se fondre en un seul.

 

 Ainsi est né Tizi Ouzou, la plus grande cité de Kabylie.

 

Vieilles cités de Kabylie (La Dépêche de Kabylie 20/11/2007)